item2a
item2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2a
item2a
item2aitem2a
item2a
item2aitem2a
item2aitem2a
item2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2aitem2a
item2a
item2a


/ PIERRIER /

/ paru dans diérèse / n°39 / 2007 /

 

dans le gazon
fraîchement coupé
un silex m’ouvrait
la terre
tu l’écartas
me disant
que les choses étaient
simples
qu’il s’agissait
d’une saine partition
qu’il valait mieux
laisser cela
en paix
 

*
 

vint la secousse
des haut-le-corps aux
contractions de la matière :
pierres dont sortaient des bosses
coudes, bouts de pieds, coups de crâne
les viscères en remue-méninges
la peur noueuse au ventre inculte
il eût suffi d’un pied-de-biche quand
tout céda
sans césarienne
 

*
 

pierre
emmaillotée
dans les langes
de la nuit
naître pierre
se dépenser
ne plus
ressasser
le feuillage

paix dans la pierre
sensible insensibilisé
 

*
 

touchant
l’énorme buste
de béryl
appliquant
ma paume
après celle
d’un enfant
quelle différence
entre nous
à présent


*
 

os
bornes
de la faim
tu me gardes
d’inquiétantes extensions

tu me limites aussi


*
 

pierre intérieure
organique
tout le corps
calculé
noyauté
par l’effroi
muscles et tissus
carapatés
tout en blocs
en noeuds
dentés
de calcaire


*
 

la peau du ventre
plaquée aux dorsales
aux épineuses
questions de survie
parvenu au bout
du jeûne
de la prière
de l’affamination
quand le corps
se digérant lui-même
les organes fondus
les muscles dégraissés
au stade ultime
de l’inanition
de la dessiccation


*


il faut
encore passer
par la phase bois
puis ça se ramollit
rien ne va plus
rien ne tient plus
dépouillé
de tes oripeaux
de ton masque
d’homme

mâchefer


*
 

pierre froide : impression froide
pierre dure : impression dure
touche-là
sens-tu
comme c’est bien pire
que tout cela
comme ce là cherche
à se faire passer


*
 

serre-la
vois-tu
bleuir ses veines
et comme
elle se réchauffe
s’amollit
s’attendrit
à en écoeurer
la peau
qui bat
la levure
dans ta paume
refroidie
voilà ce soir
qu’elle passera
pour toi


*

la pierre ne pense pas
ne réfléchit pas
ne pense à rien la pierre
bête comme pied

ne me traite pas
autrement


*
 

si les pierres parlaient
je me tairais
j’écouterais
aux portes
à pas de feutre
et de velours
glissant mes bras
à travers bois
tâtant un peu
les rumeurs
qui s’y nouent


*
 

elle ne marchera pas à tes côtés
ne veillera pas pour toi sur toi
ne t’attends pas
à bavarder
parler plaisirs de bouches
elle ne dévalera pas ta pente
encore qu’à la gravière
tu pourrais t’étendre
dans son lit
t’écharner
au pierrier


*
 

elle est là
immobile
patiente
à tes pieds
qui la tournent
et la retournent
en oursin
en hérisson
dessus-dessous
cramponnée
à son socle
intérieur
comme au fermoir
d’un ventre
d’ogre


*
 

rêve de pierre :
rouler dans l’abrasion du monde
galet

rêve de pierre : caillou
rêve de caillou : pierre

rêve de pierre : rocher
rêve de rocher : montagne
rêve de montagne : fracture, coma, ostioles


*
 

ne crois pas
aux pierres philosophales

crois
aux pierres paradoxales

fossiles et huîtres
des pierres paradoxales
 

*
 

quand j’observe une huître
je sais que nous sommes faits
l’un à l’envers de l’autre

il y a du chemin
d’elle à moi
qu’écrire
parcourt

quand j’observe un fossile
je reviens à l’huître

de l’un à l’autre
va ma vie


*
 

on peut s’entendre
avec les pierres

— l’herbier
ne renonce pas
à être herbier —


*
 

amande
gland
graine
noix
noyau
pépin
akènes

 

 

© romain verger

le site de romain verger