
/ ON EN PARLE DANS LA PRESSE ET SUR INTERNET /
ALESSANDRO MERCURI / PEEPING TOM / 18.02.2012
HÉLÈNE TYRTOFF / TAGEBLATT / MAI 2011
SÉLECTION INTERNATIONALE 2010 DE SF / FANTASY DE LOCUS
A.-F. KAVAUVEA / DE SEUIL EN SEUIL / 15.04.2011
INVITÉ D'ALAIN VEINSTEIN / FRANCE CULTURE / DU JOUR AU LENDEMAIN / LE 10.03.2011
ALAIN HELISSEN / CHRONIQUES ERRANTES / N°38 / MARS 2011
SOPHIE PATOIS / LE FRANÇAIS DANS LE MONDE / N°373 / JANV-FEV. 2011
LOUIS WATT-OWEN / LA MAIN DE SINGE / 02.02.2011
LA RUELLE BLEUE / 30.01.2011
MARC VILLEMAIN / LE BOIS OÙ L'ON SOMBRE / LE MAGAZINE DES LIVRES / N°28 / 2011
ENTRETIEN AVEC ÉRIC BONNARGENT / LE MAGAZINE DES LIVRES / N°28 / 2011
BÉNÉDICTE HEIM / LIVRES ADDICT / 12.12.2010
QUOTIRIENS / SASHIMI DE CERF CRU SUR SABLE NOIR / 09.12.2010
JEAN-PIERRE LONGRE / LE MAGMA DE LA MÉMOIRE / 08.12.2010
JACQUES MORIN / DÉCHARGE / N°148 / DÉC. 2010
JACQUES JOSSE / REMUE.NET / 06.12.2010
LIBRAIRIE LE FESTIN NU / SÉLECTION
VÉRONIQUE DE LEMOS / 23.11.2010
FEINT / CRITIQUES LIBRES / 20.11.2010
ANNE-SOPHIE DEMONCHY / LA LETTRINE / 19.11.2010
NIKOLA DELESCLUSE / PALUDES / RADIO CAMPUS LILLE / 12.11.2010 / SUR SITE
EDWOOD / LA TAVERNE DU DOGE LOREDAN / 09.11.2010
ÉRIC BONNARGENT / L'ANAGNOSTE / 03.11.2010
VÉRONIQUE ROSSIGNOL / LIVRES HEBDO / N°839 / 29.10.2010
# JACQUES MORIN / DÉCHARGES / N°148 / DÉC. 2010
"C'est le troisième livre de Romain Verger chez Quidam que je notule. Et je suis chaque fois étonné par son style impeccable d'un côté et son imagination fantastique de l'autre. Il sait si bien mener sa barque et son lecteur qu'on se laisse prendre à son récit, j'hésite à employer le pluriel... A-t-on affaire à un seul texte composé d'histoires superposées ou à diverses nouvelles distinctes? En tous cas, il y a l'interaction de l'une à l'autre, personnages récurrents, et je ne parle pas de l'atmosphère générale qui fait glisser le regard d'une page à la suivante ou d'endroits définis en lieux inconnus. Une chose est sûre, sa narration nous conduit de Japon en Sologne, de l'enfance à la mort, de façon si impérieuse qu'on ne cherche pas à comprendre ces subtils changements et qu'on se borne à lire sans autre forme de procès pour découvrir quel arbre lumineux se trouve caché par ces forêts noires vénéneuses et maléfiques qui n'ont de doucereux que l'appellation gustative."
JACQUES MORIN
# VÉRONIQUE DE LEMOS / 23.11.2010
Forêts noires, tout en ombre et en lumière, espace en noir et blanc où se lie et se délie l’existence humaine. Dès l’épigraphe, le lecteur est averti : « Penché au-dessus de mon enfance comme au-dessus de l’eau miroitante d’un puits, je suis plus loin que jamais de me voir tel qu’en moi-même, mais c’est l’ombre qui vient à moi avec tout ce qu’elle porte, en soi, de ténèbre intérieure plus vaste qu’elle-même » (Claude Louis-Combet, Figures de nuit) . L’ombre du regard vide et vague du mourant, « tohu-bohu » : à la fois genèse et grand chamboulement final… L’auteur fait entrer le lecteur de plain-pied dans cet espace de l’entre-deux où revivent les fantômes du passé, affluent les souvenirs, les découvertes de l’enfance, les rites initiatiques, où se conjuguent passé et présent, violence transcendée par un sacré plus animiste que chrétien : l’homme n’est plus un centre mais un élément qui participe du grand mouvement de la vie et de la mort. Ainsi le narrateur déclare-t-il : « Le regard de Shintaro a tout enregistré, étirant l’ultime foulée de mon existence dérisoire à l’échelle du cosmos. » Voyage onirique dans lequel le personnage de Vlad et le nom du castel peuvent rappeler Le Grand Meaulnes car le rêve est présent partout dans le récit, et transfigure la dure réalité de notre présence au monde. Comment ne pas être particulièrement touché par la façon dont enfant, le narrateur se réinvente le père qu’il a perdu et finit par découvrir son propre subterfuge ? Perte irréparable qui le fait cependant grandir. De même en est-il des comportements, situations, rencontres ou présences empreints de mystère : figures d’Anton et Vlad, aux prénoms tronqués, comme ramenés à l’essentiel, marqués par la violence, le côté à la fois raffiné et brut de décoffrage de ceux qui les portent, figures de la mère éperdue de chagrin qui ne parvient plus à se réchauffer et de la grand-mère découverte un jour dans la réalité de la vieillesse et de la mort qui se profile et, au Japon, Hatsue, Shintaro, ses filles siamoises que le narrateur sépare dans un cauchemar dont l’issue l’étonne puisque leur mort paraît naturelle et marque une fusion avec les éléments… Ne préfigurent-elles pas d’ailleurs le moment ultime où le narrateur et leur père s’enfonceront à jamais dans l’eau croupie et l’humus de la forêt ? Nouveau jour puisque c’est la mère qui repart dans la nuit ? Jeu de rôles, de doubles, à l’image du castelet : le présent convoque le passé et le rejoue comme l’enfant convoque ses peurs et ses fantômes. Il se prépare déjà à la mort en l’infligeant aux oisillons, il sait que l’on retrouve son chemin au carrefour du Grand Cerf … figure de la violence primordiale de la vie et de la mort à laquelle Vlad initie le narrateur. L’enfant préfère entre toutes la marionnette du bagnard, bandit sanguinaire pour lequel la vie n’a pas d’importance et pourtant, n’incarne-t-il pas finalement notre condition ? Il est du côté des « basses-fosses » comme nous le sommes nous-mêmes, pris au piège de notre existence et donc de notre mort, mais l’enfant joue avec lui. De même que la littérature nous permet de nous jouer du réel et nous révèle tel qu’en nous-mêmes avec notre part d’ombre. Au reste la cellulose n’est pas loin du papier sur lequel s’éveille la forêt de signes : « Mots, lettres, mottes de terre, il n’est pas jusqu’à la texture humide du papier, aux formes des auréoles d’encre imbibant la cellulose qui ne remontent des fluides oculaires de Shintaro » . Ainsi par sa structure même, par sa poésie, par sa force invocatoire, Forêts noires rend–il sensible, palpable cette zone de l’entre-deux. Écriture magnétique s’il en est, à l’image de la forêt.
VÉRONIQUE DE LEMOS
# VÉRONIQUE ROSSIGNOL / "LE SANG DE LA FORÊT" / ENVOÛTANT RÉCIT D'ATTRACTION DANS DES FORÊTS FATALES / LIVRES HEBDO / N°839 / 29. 10. 2010
"Des sentiers... Combien en avais-je alors empruntés? Moi qui, depuis ma plus tendre enfance, sillonnais la forêt pour y traquer la vie et l'amitié dans leurs plus lointains retranchements." Dans leurs plus sombres cœurs, pourrait aussi dire le narrateur de ce roman, le troisième de Romain Verger après Grande Ourse et Zones sensibles parus chez le même éditeur.
Ce chercheur part au Japon pour étudier "l'influence des roches magmatiques sur la végétation des forêts primaires" près d'Aokigahara Jukai, la "Mer d'arbres", une forêt très dense au pied du Fuji-Yama, née d'une coulée de lave il y a des centaines d'années. Son matériel n'arrivant jamais, il oublie vite le but de son voyage, s'installe dans un quotidien de promeneur contemplatif et tente surtout de résister à l'attraction morbide qu'exerce cette forêt où disparaissent tous les hommes qui y pénètrent. Son voisin Shintaro est un des rares mâles survivants, assis tous les jours devant sa maison, "et lorsqu'il lui arrivait de tourner la tête, je ne pouvais soutenir son regard sans ressentir aussitôt l'appel pressant et délétère de la forêt." Et bientôt surgissent du passé, comme d'un rêve ou d'un cauchemar embrumés, d'autres forêts, d'autres sous-bois obscurs de l'enfance, d'autres magnétismes : le bois de Meaulnes autour du "castel" solognot de la grand-mère où le narrateur s'installe avec sa mère après la mort du père. Et surtout le spectre de Vlad, l'étrange copain de classe avec sa sorte de griffe accrochée en pendentif autour du cou, sa calligraphie tout en pleins et en déliés, son "regard térébrant". L'irrésistible Vlad, adolescent affamé de sang, qui entraînait le narrateur fasciné au fond des bois pour accomplir des rites vampires.
Les souvenirs remontent par images puissamment évocatrices, qui diffusent un malaise envoûtant. L'angoisse n'a pas de visage mais a le goût du sang. Même une anodine cueillette de champignons prend avec Anton, seul homme de la propriété familiale qui inspirait au garçon "les plus grands rires comme les plus grandes frayeurs", des allures de battues. Les Forêts noires de Romain Verger, réelles ou oniriques, sont des lieux de sacrifice, de traque, le théâtre d'une confrontation éternelle entre proie et chasseur mais où se perdre, s'abandonner aux sortilèges de cette nature très animale, est parfois comme une régénération. Des forêts-ogres, masses organiques, corps qui ingèrent et digèrent, matrices et tombeaux, qui donnent à celui qui s'y aventure "l'impression de traverser le domaine d'un géant endormi".
La force de ce récit dont on peut aussi trouver des variations dans deux des trois nouvelles parues dans le dernier numéro du Visage vert, revue spécialisée dans la littérature fantastique de Zulma, tient à ce mélange, incarné par Vlad, de séduction douce et de sauvagerie intérieure. Dans la forêt japonaise, le narrateur rejoue des scènes inaugurales, un très archaïque rendez-vous avec la mort, allant à elle "en éternel enfant qui traverse un bois dans la nuit sans étoiles, jouant à se faire peur pour en sortir plus fort".
VÉRONIQUE ROSSIGNOL
